Ce qu'en dit l'Encyclopédie Hachette Multimédia (qui au passage vaut le coup).

 

Les serpents ou ophidiens

Animaux mythiques, les serpents sont avant tout caractérisés par l'absence de membres. Ils sont regroupés dans un sous-ordre de reptiles, celui des ophidiens, qui forme, avec celui des sauriens, ou lézards, l'ordre des squamates.

Les plus anciens ophidiens datent du crétacé, avec, par exemple, le genre Dinilysia de Patagonie, long de 1,80 m. Certains spécialistes les considèrent comme les descendants de parents des varans ; d'autres, de lézards apodes et fouisseurs. On peut également supposer que leur lignée, indépendante de celle des lézards, n'aurait pas laissé de fossiles avant le crétacé. Il a existé jadis des serpents géants, tel Gigantophis de l'éocène d'Égypte, lequel mesurait près de 20 m.

Au cours de l'évolution, le crâne des serpents, de type diapside – c'est-à-dire à deux fosses temporales –, s'est beaucoup modifié et ne comporte plus aucun arc temporal ; le sternum et la ceinture pectorale ont disparu du squelette. Tous les serpents ont une langue mince, allongée et bifide.

Principales caractéristiques des serpents

L'absence de pattes est un caractère – le plus frappant – que les ophidiens partagent, au sein des vertébrés terrestres, avec des lézards et des amphibiens dits "apodes". Si la ceinture pectorale leur fait défaut, la ceinture pelvienne subsiste à l'état vestigial chez certaines espèces, et peut même être prolongée par des éperons ou des griffes, reliquats de membres postérieurs.

Le crâne est adapté pour avaler des proies entières, parfois volumineuses : la boîte crânienne demeure souvent la seule partie solide, tandis que les maxillaires supérieurs et inférieurs ne sont plus réunis au crâne que par des ligaments élastiques. De plus, les deux moitiés de la mandibule sont légèrement mobiles l'une par rapport à l'autre. Les dents, coniques, sont plus ou moins pointues et recourbées vers l'arrière ; fixées directement dans l'os, elles sont remplacées de façon alternative, et ne servent qu'à la préhension des proies. Les "crochets" des espèces venimeuses sont le plus souvent parcourus par un canal ou par un sillon.

Un important caractère de l'anatomie des ophidiens est la complète disparition du poumon gauche – il subsiste à l'état réduit chez les boïdés et les xénopeltidés –, tandis que le poumon droit est extrêmement allongé et s'étend presque d'un bout à l'autre du corps du serpent.

Les organes sensoriels

Les organes des sens des serpents sont inégalement développés. Les yeux sont recouverts en permanence par une paupière inférieure transparente et soudée à une paupière supérieure vestigiale, de sorte que les serpents sont incapables de "fermer" les yeux. Leur vision n'est pas très bonne au-delà d'une certaine distance, sauf pour détecter un mouvement. Le cristallin est sphérique, et la pupille est, selon les espèces, ronde ou étroite et verticale. Plusieurs familles d'ophidiens comprennent des espèces aveugles, dont les yeux, rudimentaires, sont cachés sous les écailles de la peau.

Il est classique de dire que les ophidiens sont sourds et qu'ils sont, par exemple, insensibles à la musique des "charmeurs" de serpents. En fait, leur oreille moyenne est quasi inexistante, mais ils peuvent détecter les sons produits dans la terre, à défaut de percevoir ceux transmis par l'air, sauf, peut-être, si ces derniers sont de basses fréquences : il semble qu'ils les reçoivent alors par conduction osseuse ou par l'intermédiaire de terminaisons nerveuses situées dans la peau.

Un organe primordial est celui dit de Jacobson, ou organe voméronasal ; situé sous les fosses nasales, et communiquant avec la cavité buccale, c'est un récepteur chimique capable de détecter de minuscules particules. Une hypothèse tend à faire coïncider deux faits, la forme bifide de la langue et le développement de l'organe de Jacobson : la langue amènerait les particules adhérant à sa surface jusqu'à l'organe de Jacobson, dans lequel elle ferait pénétrer, en rentrant dans la bouche, ses deux extrémités ; les particules chimiques seraient alors identifiées.

Certains serpents sont dotés d'organes détecteurs de chaleur : chez beaucoup de boïdés, ce sont des fossettes sensorielles placées le long de la lèvre supérieure ; chez les crotalidés, ce sont de véritables fossettes faciales (dépressions composées de deux chambres, une interne et une externe), localisées entre la narine et l'oeil. D'une très grande sensibilité aux variations de température, ces dernières servent à localiser les proies "à sang chaud" (animaux homéothermes).

Le coeur des ophidiens présente deux oreillettes et un seul ventricule, comme chez la plupart des reptiles.

La fonction venimeuse

Les ophidiens sont fréquemment divisés en serpents venimeux et en serpents non venimeux. Chez ces derniers, tels la plupart des colubridés (dits également aglyphes), les glandes salivaires sont en fait uniquement sécrétrices de mucus, et les dents à venin n'existent pas. Les serpents venimeux, en revanche, sont dotés de glandes salivaires hypertrophiées : chez les espèces opisthoglyphes, comme la couleuvre de Montpellier, les "crochets" susceptibles d'inoculer le venin, situés dans le fond de la bouche – ce qui les rend inoffensives –, sont parcourus d'un sillon ; chez les solénoglyphes , il existe deux crochets, placés à l'avant des maxillaires supérieurs mobiles, et creusés d'un canal ; chez les protéroglyphes, tels les élapidés, serpents très venimeux, les crochets cannelés sont en avant des maxillaires supérieurs fixes.

Lorsqu'une vipère veut frapper sa proie, elle projette sa tête en avant, ouvre la bouche – ce qui entraîne l'érection des crochets –, mord et injecte son venin. Puis, elle rétracte ses crochets, pour enfin reculer la tête. La dose de venin injectée – en fait projetée dans le canal excréteur des glandes sous l'effet de la contraction d'un muscle – est proportionnelle à la grosseur de la proie.

Le venin des ophidiens, à l'aspect huileux ou crémeux (de couleur jaunâtre), est constitué de protéines, d'enzymes et de toxines. Son action varie selon les espèces : celui de la couleuvre de Montpellier est neurotoxique (il bloque la transmission de l'influx nerveux) ; celui des vipères, qui a des propriétés hémolytiques (son action se traduit par de l'hypotension, un oedème, des troubles digestifs, des nécroses, etc.), peut être mortel si l'on n'intervient pas rapidement. Les venins provoquent la production d'anticorps chez les sujets touchés : certains animaux, comme le hérisson – prédateur de vipères –, sont plus ou moins immunisés.

Reproduction et développement des serpents

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L'accouplement présente, chez les ophidiens, des modalités relativement constantes : le mâle glisse sur le corps de la femelle, la couvrant de la tête à la queue, puis enroule sa queue autour de celle de la femelle. L'accouplement dure ainsi parfois jusqu'à 48 heures.

Chez les pythons et les boas, le mâle peut utiliser ses ergots pour caresser la femelle. Une véritable danse nuptiale s'observe chez certaines couleuvres et vipères, qui est en fait une série d'affrontements entre mâles (parfois jusqu'à huit) précédant un accouplement. Ce dernier a lieu généralement au printemps (dans l'hémisphère Nord), mais il peut se produire à l'automne chez les espèces dont la femelle conserve les spermatozoïdes durant l'hiver.

La très grande majorité des ophidiens pondent des oeufs (oviparité), qu'ils déposent dans un terrier ou enfouissent dans le sol, dans du fumier, etc. ; ils s'en désintéressent, bien que, chez certaines espèces, la femelle demeure à proximité. Le nombre d'oeufs, très variable, peut dépasser la centaine. La durée de l'incubation, variable selon les espèces, dépend de la température. La coquille, en général blanchâtre, est plus ou moins rigide, et les serpents nouveau-nés la brisent à l'aide d'une petite "dent" située sur le museau.

Diverses espèces sont ovovivipares, voire vivipares. C'est le cas des vipères (qui doivent leur nom à cette particularité), de nombreux boas (alors que les pythons, bien qu'appartenant à la même famille, sont ovipares) et des serpents marins. Le nombre de jeunes mis bas peut varier de un à une vingtaine.

Croissance et longévité des serpents

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Les serpents grandissent rapidement jusqu'à leur maturité sexuelle, laquelle est atteinte à un âge variable selon l'espèce et la région. En Europe, par exemple, elle se situe entre 3 et 5 ans.

La croissance se ralentit et continue, sinon jusqu'à la mort, du moins jusqu'à un âge avancé. La mue, qui survient à plusieurs reprises dans l'année, affecte à chaque fois le corps tout entier : la couche de cellules mortes se décolle de la nouvelle peau déjà formée ; en se frottant aux pierres ou aux plantes, le serpent s'en dépouille en commençant par la tête. La mue est un événement plutôt pénible pour le serpent, qui devient nerveux – et presque aveugle. C'est la thyroïde (glande endocrine) qui joue un rôle important dans le phénomène.

La longévité d'une couleuvre ou d'une vipère est de 10 à 15 ans, mais des espèces peuvent vivre une vingtaine d'années, voire une quarantaine d'années dans le cas des boas et des pythons. La mortalité juvénile est très forte, surtout durant la première année.

Rythmes journalier et annuel

Les serpents ont rarement un cycle journalier bien déterminé. Ainsi, ceux qui vivent dans les déserts deviennent nocturnes pendant l'été, afin d'échapper à la chaleur du jour. De même, en été, la couleuvre à collier chasse surtout la nuit, adaptant son rythme biologique à celui de ses proies. La régulation thermique joue en effet un grand rôle dans le cycle quotidien des ophidiens : ils peuvent se protéger de la chaleur en se réfugiant sous terre ou, au contraire, en profiter en s'aplatissant sur le sol.

Un rythme annuel est bien marqué chez les serpents : à l'automne, les espèces des régions tempérées entrent en léthargie. Elles passent l'hiver dans un terrier ou sous des débris végétaux, en général à très faible profondeur. Plusieurs individus (quelquefois d'espèces différentes) hibernent parfois ensemble.

Les régimes alimentaires

Les serpents, essentiellement prédateurs, se nourrissent de mammifères, d'oiseaux, de lézards, de poissons, d'insectes, etc. : la couleuvre à collier mange surtout des amphibiens (grenouilles, tritons, etc.), mais aussi des poissons et des rongeurs ; la vipère aspic recherche les petits mammifères, les oiseaux, les lézards.

Les serpents arboricoles chassent fréquemment les oiseaux, tandis que les espèces fouisseuses recherchent fourmis et termites. Une couleuvre sud-américaine (Dipsas indica) se nourrit uniquement d'escargots, qu'elle extrait de leur coquille à l'aide des dents de sa mandibule.

Les ophidiens, qui peuvent déformer leur bouche de manière extraordinaire, avalent leurs proies, en général la tête la première, grâce à des mouvements alternés des demi-mâchoires. Une spécialisation curieuse est celle du serpent mangeur d'oeufs (Dasypeltis scabra), un colubridé d'Afrique tropicale capable d'avaler entiers de gros oeufs d'oiseaux : l'ouverture démesurée de la bouche est assurée par le ligament élastique réunissant les deux maxillaires; de plus, des apophyses vertébrales, qui font saillie dans l'oesophage, perforent la coquille de l'oeuf, dont les débris sont ensuite vomis par le serpent.

Si les boas, les pythons et les vipères chassent surtout à l'affût, les couleuvres et les cobras recherchent leurs proies de façon plus active. La vue comme l'odorat sont alors mis à profit, ainsi que l'organe de Jacobson, particulièrement utile dans cette quête. Les crotales, grâce à leurs fossettes faciales, peuvent détecter, à une distance de 2 m, la chaleur émise par un rongeur.

Le venin des espèces qui en possèdent sert à mettre à mort les proies : certains serpents retiennent l'animal frappé, puis le lâchent pour l'avaler par la tête, alors que les vipères peuvent le laisser continuer son chemin avant de partir à la recherche de l'odeur de la dépouille. Boas et pythons (et, à un degré moindre, certaines couleuvres, comme la couleuvre verte et jaune) pratiquent la constriction : ils capturent la proie avec leur gueule, puis l'enlacent dans leurs "anneaux" ; à chaque expiration de la victime, ils augmentent l'étreinte ; la proie est avalée en général une fois morte.

La systématique des ophidiens

Forts d'environ 2 500 espèces, les ophidiens actuels sont divisés en trois groupes (ou infraordres) : les scolécophidiens, les hénophidiens et les caenophidiens.

Les scolécophidiens, assez primitifs, conservent des traces de ceinture pelvienne. Leur queue est courte, et ils sont petits et fouisseurs. On distingue la famille des leptotyphlopidés et celle des typhlopidés.

Les hénophidiens combinent caractères archaïques et évolués. La famille la plus célèbre est celle des boïdés, grands serpents constricteurs représentés par les boas et les pythons.

Les autres familles sont celles des aniliidés, des uropeltidés, des xénopeltidés.

La famille des acrochordidés – qui ne compte que deux espèces fort étranges de serpents de l'Asie méridionale et d'Australie, surnommés les "serpents trompe d'éléphant" – est classée selon les spécialistes parmi les hénophidiens ou parmi les caenophidiens. Longs parfois de 2 m, ils habitent les eaux douces, qu'ils ne quittent presque jamais. Ils sont surtout remarquables par leur peau qui semble trop large pour leur corps.

L'ensemble des caenophidiens réunit les plus évolués : toute trace de ceinture pelvienne a disparu. La famille des colubridés est la plus importante des ophidiens par le nombre d'espèces. Puis viennent celle des élapidés, des vipéridés auxquelles sont rattachés les crotalidés.

Leur répartition géographique

Comme les autres reptiles, les ophidiens sont surtout diversifiés dans les régions tropicales, tant en Amérique du Sud qu'en Afrique, en Asie et en Australie. Quelques familles sont localisées sur un seul continent : les uropeltidés et les xénopeltidés n'habitent que l'Asie méridionale. Les vipéridés ne peuplent que l'Ancien Monde, tandis que les colubridés ont une répartition quasi cosmopolite.

Le nombre d'espèces d'ophidiens décroît à mesure que l'on s'avance vers le nord : ainsi, l'Europe en héberge à peine trente, dont une douzaine en France, trois en Grande-Bretagne, trois en Norvège. Aucun ophidien n'existe en Irlande.

Biologie et écologie des serpents

L'absence de membres n'a pas été un handicap pour les serpents, qui ont conquis des milieux naturels très variés, où ils présentent des modes de vie fort divers. Surtout abondants dans les régions tropicales, ils sont assez nombreux dans les zones tempérées ; la vipère péliade étend son aire de répartition jusqu'en Laponie.

La majeure partie des ophidiens vivent sur le sol, notamment dans les zones sèches ou rocailleuses, mais nombreux sont ceux qui vivent en forêt. Les serpents arboricoles, comme les mambas et beaucoup de boas et pythons, sont souvent assez massifs et ont une queue préhensile. Les couleuvres arboricoles ont, au contraire, un corps filiforme, une grosse tête en général et de grands yeux.

Chrysopelea ornata, qui vit en Asie du Sud-Est, a été surnommée la couleuvre volante : elle s'élance du haut d'un arbre et, un sillon ventral se creusant, plane jusqu'au sol selon un angle d'environ 50°.

Plusieurs familles d'ophidiens, comme celles des leptotyphlopidés et des typhlopidés, sont constituées d'espèces fouisseuses, qui vivent dans la terre, l'humus, le sable, etc. ; la plupart se nourrissent de fourmis et de termites. Certains de ces serpents ne viennent que rarement à la surface du sol. Beaucoup sont aveugles, leurs yeux étant recouverts d'écailles translucides. Ils ont en général une tête conique et massive, et un large cou. La queue des typhlops, par exemple, peut être terminée par une épine qui leur sert de levier quand ils creusent le sol. Il existe aussi des couleuvres fouisseuses, qui, grâce à leur museau dur et pointu, peuvent creuser une terre compacte : c'est le cas de celles du genre Scaphiophis africain. Diverses vipères des régions désertiques sont également très douées pour s'enfouir dans le sable.

D'autres serpents sont adaptés à un mode de vie amphibie. C'est le cas de certaines couleuvres d'Europe, comme la couleuvre à collier, surtout commune au bord des eaux douces, où elle nage habilement, et, plus encore, de la couleuvre vipérine, qui peut demeurer plus de 30 min sous l'eau. Un serpent amphibie particulièrement célèbre est l'anaconda de l'Amérique du Sud, qui, caché dans l'eau trouble, guette les animaux qui viennent y boire. Le mocassin aquatique du sud des États-Unis est également un bon nageur, tandis que les acrochordes du Sud-Est asiatique sont particulièrement bien adaptés à la vie aquatique: leurs conduits nasaux sont obturés, lorsqu'ils sont immergés, par des volets buccaux.

Les serpents marins (élapidés) constituent un cas extrême d'une telle adaptation : ils vivent près des côtes ou même en haute mer, dans les océans Indien et Pacifique. Certains ont un corps aplati latéralement, terminé par une rame verticale. Capables de demeurer des heures sous l'eau, ils possèdent des narines dotées d'un sphincter qui peut les obturer. Vivipares, ils mettent bas dans la mer et ne viennent jamais sur la côte: ils seraient incapables de se déplacer sur la terre ferme.

Modes de locomotion au sol

L'imagerie populaire représente souvent les serpents ondulant verticalement. En réalité, comme les autres reptiles, ils ondulent dans le sens latéral, et leurs grandes plaques ventrales leur permettent de s'ancrer au sol. Ils ondulent aussi latéralement quand ils nagent. En fait, l'animal contracte et relâche en alternance des muscles situés de chaque côté de son corps, ce qui donne l'impression de "vagues" le parcourant.

Cependant, les ophidiens ont aussi à leur disposition d'autres modes de locomotion. Ainsi, ils peuvent progresser en ancrant la partie antérieure de leur corps, puis en avançant le reste de celui-ci au prix de fortes ondulations, et ainsi de suite. Dans le mouvement rectilinéaire, qui s'observe chez les boas et les crotales notamment, le serpent progresse presque sans ondulations, grâce à un glissement aller et retour de la peau sur les muscles.

Enfin, les serpents des déserts utilisent la locomotion latérale, au cours de laquelle l'animal recourbe son corps en S, ne touchant le sable qu'en deux endroits. Puis il fait progressivement "glisser" ces deux points de contact le long de son corps, vers l'arrière, en avançant vers l'avant : le déplacement est alors latéral par rapport à l'axe du corps. La vitesse des serpents peut atteindre 6 km/h, le record étant détenu par les mambas avec 11 km/h.

Les prédateurs des serpents

Les prédateurs des ophidiens sont aussi variés que les classes zoologiques (mammifères, oiseaux, reptiles). Certains serpents sont ophiophages ("mangeurs de serpents"), tel le cobra royal. Parmi les mammifères, les mangoustes et les hérissons sont spécialisés dans la chasse aux serpents. Chez les oiseaux, le circaète jean-le-blanc, rapace européen de grande taille, et le serpentaire africain sont également des chasseurs d'ophidiens.

Mimétisme et moyens de défense

Divers serpents présentent un mimétisme avec le milieu environnant : grâce à leurs couleurs, les constricteurs se dissimulent dans les forêts tropicales ; les couleuvres arboricoles ressemblent à des lianes ; la vipère de l'erg prend la couleur des sables. Une étonnante homochromie unit les serpents corail nord-américains, particulièrement venimeux, et divers serpents non venimeux, les seconds profitant d'une ressemblance qui dissuade leurs prédateurs.

Les serpents ont à leur disposition d'autres moyens de défense : postures menaçantes (avec déploiement du capuchon chez les cobras), projection de venin (chez quelques cobras), sifflements, simulation de la mort, expulsion des sécrétions nauséabondes ou irritantes de certaines glandes. Le bruiteur des crotales consiste en plusieurs anneaux articulés constitués chacun d'une peau épaisse : ces morceaux de peau, au lieu de tomber lors de la mue, sont restés accrochés à la queue. Le crotale fait grelotter son bruiteur dès qu'un ennemi s'approche.

Les serpents et l'homme

Traditionnellement objets de crainte, voire de répulsion, dans différents pays, les serpents furent et sont encore vénérés dans certaines civilisations. De multiples croyances erronées ont cours à leur sujet. Les "noeuds de vipères", par exemple, s'expliquent soit par des rassemblements hivernaux, soit par des danses nuptiales collectives. Par ailleurs, la rumeur, apparue en France vers 1980, selon laquelle des vipères auraient été lâchées d'avion par des écologistes est sans fondement.

Par crainte, par ignorance ou encore par mercantilisme, les hommes ont largement réduit les populations d'ophidiens : la maroquinerie est l'une des principales causes de raréfaction du nombre d'espèces. Le trafic de spécimens vivants, à destination des zoos, des ménageries et des terrariums, constitue aussi une menace, ainsi que, bien sûr, la transformation des milieux naturels. Toutefois, la protection, quand elle est bien appliquée, reste un moyen efficace de lutte contre la disparition des espèces : en France, par exemple, les couleuvres sont totalement protégées, les vipères le sont partiellement.

Les serpents de la faune de France

La faune française compte huit espèces de couleuvres et quatre de vipères. Parmi les premières, la plus connue est la couleuvre à collier (Natrix natrix), qui a une vie amphibie ; longue de 60 cm, elle a un collier blanc et noir. La couleuvre vipérine (N. maura), aux murs aquatiques, a un aspect de vipère ; elle mesure également 60 cm, comme la coronelle lisse (Coronella austriaca). La couleuvre verte et jaune (Coluber viridiflavus), de 1,15 m de long, la couleuvre d'Esculape (Elaphe longissima), de 1,30 m, et la couleuvre à échelons (E. scalaris), de 1 m, sont arboricoles. Comme cette dernière, la coronelle bordelaise (C. girondica), qui ne dépasse pas 55 cm, et la couleuvre de Montpellier (Malpolon monspessulanus), qui atteint 2,50 m, vivent dans les régions méridionales. La vipère péliade (Vipera berus), de 65 cm, habite le Nord, le Centre et les Alpes. L'aire de répartition de la vipère aspic (V. aspis) correspond aux deux tiers sud du pays. La vipère d'Orsini (V. ursinii), de 35 cm, se cantonne aux Alpes du Sud, et la vipère de Séoane (V. seoanei), de 45 cm, au Pays basque.

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